← retour
GH-02B · Joué par Delva

Ghout

J’ai encore la boue dans les ongles.

Je l’écris après coup, quand ça s’est calmé un peu, parce que sinon je mélange tout. J’ai encore la boue dans les ongles.

Au début, j’étais là au réveil, mais c’est flou dans ma tête et même eux ils ont hésité. On a reparlé du moment où on a vu les traces au garage : à un moment, ils ont dit que c’était moi qui avais vu les traces et que je m’étais enfui derrière, “à la recherche des traces”, puis que j’avais disparu dans la forêt. Et juste après, ils ont aussi dit que c’était Françus qui avait été le premier à constater les traces et à regarder si Emma allait bien dans le garage. Je suis pas sûr de l’ordre exact. Je sais juste que, oui, à un moment, j’ai lâché le groupe et je suis parti suivre des marques au sol.

Quand je suis parti, j’étais dans mon truc à moi. Le sol, la boue, les empreintes. On parlait de gros pas humains, pieds nus, et d’autres pas plus petits, avec des bottes. Ça m’a fait un effet bizarre, parce que la nature fait des traces qui se ressemblent, mais là, on aurait dit des gens qui passent exprès. Je me suis senti obligé d’aller voir. Je l’ai pas fait pour être héroïque, j’ai fait ça parce que ma tête comprend mieux les pistes que les mots.

Ce que j’ai compris (peut-être) : quand il y a deux sortes de pas, c’est rarement “au hasard”. Ce que j’ai pas compris : pourquoi je suis parti sans dire clairement où j’allais. J’ai du mal à mentir, alors j’ai pas menti… j’ai juste pas expliqué. Et ça, c’est presque pareil.

Demain, je retiens un truc simple : si je repars sur une piste, je le dis avant. Même si je parle mal. Et je garde en tête : “pieds nus + bottes”, ça sent les ennuis.

Angus, il fait des tours et il vérifie tout, comme un chien-chien de garde qui dort jamais vraiment.

Après, j’ai été loin, dans les arbres. Et là… j’ai pas vu le plus important. Ça m’énerve parce que c’est mon job de voir. Mais je l’ai pas vu.

Quand je suis revenu (ou quand ils m’ont rattrapé, je sais plus exactement comment ça s’est recollé), on m’a raconté le combat. On m’a dit que Luffy avait mordu au cou et que ça avait aidé à faire tomber le gros, et qu’ensuite Luffy a pris une grosse gifle / coup, un truc violent, et qu’il est tombé mal. J’ai pas vu avec mes yeux, donc j’écris “on m’a dit”. Moi, ça me serre le ventre, parce que Luffy, c’est un chien-chien wouf honnête : il mord parce qu’il protège.

On m’a dit aussi qu’il y avait un vieux planqué derrière un tracteur, qu’il commençait à encocher une flèche, que ça tirait à distance. Ça, je le comprends bien : un prédateur loin, c’est pire, parce que tu le sens pas venir. Mais je sais pas à quel moment exact ça s’est passé, je recopie juste l’idée.

Et puis moi, au milieu de ça, j’ai ce trou dans la tête : “j’étais où, pendant qu’ils se faisaient ouvrir la peau ?” Ça me fait honte. Pas une honte qui parle. Une honte qui reste là.

Demain, je retiens : ne pas courir trop loin sur une piste quand il y a des gens en danger. Une piste, ça se reprend. Un groupe, ça se perd.

Luffy… je lui dois une chose : il se pose là où il peut, même quand il a mal, et il revient quand même vers les siens.

Ensuite on a changé d’endroit et on a cherché à ne plus être visibles. Là, j’étais utile, parce que là c’est de la forêt, des branches, du temps.

On a décidé de laisser le SUV en lisière et de le cacher avec branches, grandes feuilles, végétation, et même une bâche. Ça prend du temps, mais c’est simple, ça se fait. J’ai aidé à aller chercher tout ça.

J’ai vu Emma vouloir participer, mais Angus a dit non, qu’elle devait se reposer parce qu’elle était blessée. Je sais pas comment elle le vit, mais je l’ai entendue râler souvent dans la journée, et je crois que ça lui coûte de rester immobile.

Après, Angus a fait son truc de construction, un abri un peu surélevé pour éviter les bêtes au sol. Et là, on a dit clairement que si on s’y met “avec moi” ça irait plus vite. Du coup je m’y suis mis, j’ai porté, j’ai calé, j’ai ramené.

Un moment, j’ai même fait un aller-retour pour le bois parce qu’Emma m’a fait des remarques, et j’aime pas quand Emma me fait des remarques… alors je suis revenu avec plus de bois. Ils ont dit “bravo” et j’ai pris ma “posture fière du moustique”. Je sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais ça m’a fait du bien deux secondes.

Demain, je retiens : un véhicule caché, c’est de la survie. Un abri surélevé, c’est de la survie. Et si Emma râle, c’est peut-être qu’elle veut juste qu’on vive plus fort.

Emma, elle a une force bizarre : elle te pique comme un chien-chien guêpe, mais elle te réveille quand tu fais n’importe quoi.

Quand la fin de journée est arrivée, j’ai vu un truc rare : un vrai moment où on n’était pas juste en train de courir.

Ils ont préparé des lapins et on a fait un gros repas, un “festin”, avec le feu qui crépite. On a rigolé, ils ont raconté “les déboires” autour du feu, ils ont même insulté un peu pour rire (“les petits casse-couilles”), et l’ambiance était… pas douce, mais moins dure. C’était vers 17–18h, le jour baissait.

Moi, j’ai surtout retenu l’odeur de la bouffe et le bruit du feu. Je suis pas fort pour parler. Quand ils parlent tous en même temps, je décroche. Mais là, j’ai compris que manger ensemble, ça fait tenir.

Demain, je retiens : quand on peut faire cuire et rire un peu, on le fait. Parce que sinon, on devient juste des bêtes.

Françus, il fait le paon, mais quand le feu est là et que Luffy respire, il devient presque normal… et ça me rassure.

Après ça, il y a eu le sanglier. Et ça, je l’ai vu, pour de vrai.

On a fini par se battre contre un sanglier. Je sais plus qui a crié le premier, mais je me souviens du mouvement lourd et du sol qui vibre. Et Emma… Emma a fait un truc que j’aurais jamais expliqué avec des mots. Elle a glissé derrière et elle lui a éclaté les couilles tellement fort que “ça a explosé au contact” (c’est comme ça que ça a été dit). Le sanglier est tombé et n’a plus réagi comme avant. Et juste après, quelqu’un est revenu et lui a tranché la gorge pour finir. Je l’écris sans enjoliver parce que c’est ça qui s’est passé.

J’ai compris un truc simple : même un gros chien-chien grognon qui charge, tu peux le faire tomber si tu trouves le bon endroit. J’ai pas compris pourquoi ça m’a fait rire et dégoûter en même temps. J’ai rigolé, mais c’était nerveux.

Ensuite, on a parlé que la viande pouvait rendre malade si on la préparait mal, un truc de “peste porcine” qu’ils ont appelé comme ça. Ils ont dit que c’était pas “mortel” si c’est bien cuit, mais que tu peux passer un sale moment si tu fais n’importe quoi. Donc on a gardé ça en tête : préparer et cuire correctement.

Demain, je retiens : la bouffe, c’est une récompense, mais c’est aussi un piège. Faut pas manger comme un chien affamé, faut manger comme un chien intelligent.

Angus, il râle pas quand c’est sale : il fait ce qu’il faut après, et ça, c’est solide.

Et puis il y a eu le bruit de moteur. Là, j’ai senti mon cœur taper comme un chien-chien tambour.

J’ai entendu la pétarade et j’ai réveillé tout le monde en sortant des mots bizarres, et dans ma tête c’était “chiens à bruit”. On s’est mis à l’orée de la forêt pour observer, et moi j’ai dit que j’étais discret. Je le crois vraiment quand je suis dans les feuilles.

On a vu un sidecar, deux occupants, et ils ont commencé à remonter le chemin. Ils regardaient le sol : ils suivaient des traces, celles du camion. Celui qui avait conduit était grand, maigre, imperméable sale, masque à gaz avec une trompe. L’autre était plus petit, trapu, crâne rasé, marinière. Ça, je l’ai vu.

Après, quand ils ont été plus près et qu’on a pu les détailler, on a vu des choses qui collent pas : pas d’armes visibles, mais des mains solides pour Igor, et surtout le petit doigt manquant à la main droite chez les deux. Et sur le dos, un dessin. Tout le monde a reconnu : le logo des “Echos”. Ils ont dit que c’était un groupe éco-terroriste et que ça avait participé à l’effondrement du monde. Moi, j’avoue, je comprends pas bien ces histoires-là. Je vois juste que les autres ont changé de visage quand ils ont reconnu.

Il y avait aussi l’odeur de la clope. Ça clope au coin du bec, et ça regarde notre SUV comme si c’était un os énorme. Ils parlaient du Puy du Fou, ils répondaient pas vraiment, et ils posaient des questions.

Et puis il y a eu le moment le plus tordu : “combien pour la petite ?” J’ai entendu ça, j’ai senti le groupe se tendre. Emma a répondu avec sa bouche de chien-chien qui mord, et là… “Shlack”, gifle. Igor a fait “Hummm”. Ils ont parlé d’un concours de gifles, comme si c’était normal, et Igor “adore les gifles”. J’ai pas tout capté, mais j’ai vu que ça a remplacé une bagarre.

Ils ont même demandé à Françus s’il voulait vendre son chien. Et Françus a dit non, net. Et nous on a parlé du sanglier, des lièvres qu’on avait déjà depuis un ou deux jours, que le sanglier était trop lourd, tout ça. C’était bizarre : menace + commerce + blagues + gifles, tout mélangé.

Demain, je retiens : quand un groupe suit tes traces, tu dois supposer qu’il peut revenir. Et quand il y a un signe (doigt manquant, logo), ça veut dire qu’ils sont pas “juste deux types”. Ça veut dire “groupe”.

Emma… je sais pas si elle a peur, parce qu’elle montre pas, mais je l’ai vue poser une limite avec une gifle et ça a tenu. Ça, c’est du courage.