Je tiens à noter les faits précisément, parce que la mémoire se déforme vite. Ce n'est pas "un intrus". C'est une présence coordonnée.
- Pas humains très grands, pieds nus
- Second passage en bottes, gabarit plus petit
- Tour complet autour du véhicule — méthodique
- Le garage était ciblé. Pas la maison. Ils ont choisi.
Ça resserre le problème. Et ça le rend plus inquiétant : pas une curiosité. Un examen.
Ghout parti chasser à l'aube. Son habitude. Il reviendra. Je respecte ça — chacun survit comme il peut.
Mais je note aussi ce que ça provoque : un trou dans la couverture. On n'a pas encore le luxe de fonctionner avec des "habitudes" individuelles. Pas si on veut construire quelque chose.
La violence ici n'a rien de cinématographique. Elle est brutale, bête, et surtout comptée. Une action, une chance. Et parfois un chien au sol.
Luffy a pris un coup de tête. On a entendu le crack qui te serre la poitrine avant même que le cerveau comprenne. Françus — réflexe immédiat. Couteau lancé. Le couteau se plante et le monstre s'effondre.
Mais la flèche venue de la ferme nous a rappelé qu'il y avait encore quelqu'un. Et qu'il tirait de loin.
Quatre réussites. Dégâts colossaux. "Un crack." Le chien tombe, inanimé.
La table bascule : on passe de "comment gagner" à "comment ne pas perdre quelqu'un". Ce basculement émotionnel, c'est aussi un danger tactique.
Danger calme : arc en main, couvert partiel, capacité à recommencer. On a manœuvré. Je me suis déplacé pour casser l'angle et je suis allé au contact avec la machette.
Objectif atteint : réduire la capacité de tir. Entaille au bras porteur d'arc. Il peut encore vivre, mais il ne peut plus nous arroser tranquillement. C'est une différence vitale.
Je n'ai pas cherché la belle action. J'ai cherché le résultat.
Après un combat, l'énergie d'un groupe peut se dissoudre très vite. Chacun gère son stress, ses blessures, ses priorités.
C'est là que j'essaie de ramener le collectif. Même dans la fatigue, même dans les sarcasmes. On a besoin de respirer ensemble, sinon on finira par se détruire entre nous avant que le monde ne le fasse.
Un retour au concret : concevoir, élaborer, produire. Plancher surélevé à environ 40 cm, toit simple en pente.
- Objectif : éviter rongeurs, limiter humidité
- Emma mise au repos — pas pour la contrôler, pour ne pas perdre une force du groupe pour une fierté de dix minutes
- Arc léger récupéré et intégré aux ressources
On était offensifs, on le cherchait, et malgré ça on a été surpris : charge, réaction, placement. J'ai vu la scène comme on voit un accident arriver : trop tard pour l'empêcher, on peut seulement limiter les dégâts.
Emma a d'abord tenté une baffe et caressé l'air. On a ri. Mais ce rire, c'était aussi une soupape : le cerveau avait besoin d'une absurdité pour ne pas exploser.
Retour au camp vers 15h30. Emma a inspecté : bave, œil sanguinolent, pustules. "On cuit bien." Derrière ça : on ne meurt pas stupidement.
Logo dans le dos : EKKO. Le genre d'information qui fait rentrer la politique dans ta survie. Ils observent notre SUV comme un objet rare. Petit doigt manquant. Ils testent.
Le "concours de gifles" était ridicule. Mais aussi révélateur : ils ne viennent pas uniquement pour tuer. Ils viennent aussi pour mesurer, provoquer, jauger. Emma a répondu dans le même langage, avec une frontière claire.
Et parfois, une frontière claire vaut mieux qu'un coup de feu.
Je note tout ça, parce que je veux qu'on avance sans perdre ce qu'on essaye de reconstruire : la capacité à décider ensemble.