Jason « Jay »
J’avais un rendez-vous au Blue Falcon. Je suis arrivé en avance. La personne que j’attendais, elle, n’est jamais arrivée.
À la place, le barman m’a apporté un deuxième verre. Déjà payé, offert par un ami. Un ami qui avait appelé pour dire où j’étais assis et depuis combien de temps j’attendais. Le barman ne l’avait pas vu. Il n’avait pas de description. Il avait seulement reçu l’appel.
J’ai regardé les messages, puis je me suis branché sur le terminal de la table.
L’appel ne venait pas d’Éros. L’invitation, en revanche, avait été envoyée depuis le Blue Falcon. Quelqu’un savait que j’étais là parce que quelqu’un avait voulu que j’y sois.
J’ai aussi trouvé les journaux d’une procédure qui portait ma signature d’autorisation.
La mienne.
J’ai voulu enlever cette trace. Je n’ai pas pu : l’alerte a pris la place du reste et les systèmes se sont verrouillés. J’avais conservé les logs, mais plus moyen d’intervenir. Le barman était parti. Les clients commençaient à suivre le mouvement. Un Belter m’a proposé de m’emmener au couloir BF17, puisque je ne connaissais pas les accès de la station.
Nous nous sommes retrouvés dans un cul-de-sac avec une vingtaine d’autres personnes. J’y ai reconnu Izzy et Bob. Il y avait aussi Inès, qui semblait considérer chaque explication comme un défaut de service et chaque habitant comme quelqu’un qui aurait dû recevoir une meilleure éducation.
J’ai demandé à Izzy si elle était toujours comme ça.
Nous avons cherché un moyen d’accéder au réseau. Izzy avait la même idée que moi : vérifier ce qui se passait plutôt que patienter devant des portes bloquées. Pendant ce temps, les annonces se corrigeaient toutes seules. Départs maintenus, puis départs suspendus. Rejoindre les abris, puis attendre ici. Les gens commençaient à s’énerver.
Le médecin parlait de contamination et s’occupait d’un garde qui allait vraiment mal. J’ai remarqué avec Bob qu’il ne ressemblait pas au personnel médical habituel d’une station. Ce n’était pas une preuve contre lui. Je suis allé voir le blessé et lui ai demandé ce qui lui était arrivé. Il disait avoir pris une forte dose et devoir tenir le couloir sur ordre de son patron. Il s’est mis à vomir.
Il y avait donc un danger, même si personne ne nous disait clairement lequel.
J’ai essayé de calmer les civils. Je leur ai promis qu’Izzy, Bob et moi allions débloquer les portes et les conduire aux abris. Nous n’avions encore rien débloqué. Mais une émeute dans ce couloir pouvait nous faire crever aussi sûrement qu’une mauvaise ouverture de sas. Ils m’ont cru et se sont rapprochés pour demander des nouvelles.
Inès a voulu aider avec de l’argent. Ça n’a pas aidé.
Elle est entrée en première dans le sas de décontamination. Izzy a ouvert une pièce latérale et trouvé un terminal. Je l’ai suivie, avec Bob. Nous avons récupéré des données, puis ouvert une autre salle. Le médecin disait qu’il voulait y mettre le garde. À aucun moment cela ne nous donnait une sortie utilisable.
Quand Inès est revenue, elle a insisté sur les contradictions du médecin. Je lui avais demandé de laisser passer les gens vers les abris. Il avait répondu que c’était prévu. Pourtant, nous étions toujours là et les portes se verrouillaient encore.
La foule a fini par lui tomber dessus.
J’aurais préféré qu’il reste en état de répondre à des questions. Quand ils ont terminé, il était inconscient. Izzy l’a fouillé et récupéré un badge portant QSR-4. J’avais vu cette référence dans les logs du bar. Je l’ai expliqué, ainsi que l’utilisation de mon identifiant. Inès m’a aussitôt demandé si j’avais déclenché la quarantaine.
Non. C’était précisément le problème.
Nous ne savions toujours pas ce que faisait QSR-4. Nous savions seulement que son nom revenait sur le badge et dans les journaux.
Pour sortir, nous avons fini par faire travailler ensemble ce que nous avions. Bob et trois gars ont tiré sur la porte des docks. Izzy a repéré un accès au mécanisme manuel. Quelqu’un devait passer la main pendant que les autres retenaient les vérins.
Je me suis proposé. La discussion a continué assez longtemps pour que Bob commence à fatiguer. J’ai passé la main, atteint le connecteur et l’ai donné à Izzy. La porte s’est ouverte.
Le garde a tiré.
Deux personnes sont tombées. J’ai essayé de lui parler, de lui faire comprendre qu’il était en train de tuer des gens qui voulaient seulement sauver leur vie. Il a hésité et commencé à baisser son arme. La foule l’a chargé. Un civil a récupéré son flingue et lui a tiré dessus.
Nous avons atteint le Resolve. Il fallait déverrouiller les bras d’amarrage depuis l’extérieur. Izzy est montée consulter les commandes, moi j’ai cherché les combinaisons. Une sortie dans l’espace, au moins, je savais comment ça se passait.
Une fois dehors, plus d’alarme dans les oreilles. Le souffle du casque, les mouvements à contrôler, les repères sur la station. Je me sentais mieux là que dans le couloir.
J’ai rejoint la trappe, fixé mon harnais et ouvert le panneau. Un débris m’a frôlé. Un autre a frappé la paroi tout près pendant que j’essayais d’actionner le mécanisme. Je n’avais pas assez de force pour le faire céder.
À l’intérieur, ils voulaient que je me dépêche. Moi aussi, je voulais me dépêcher. Ça n’ajoutait rien à mes bras.
J’ai demandé Bob.
Il m’a rejoint sans problème. Je lui ai montré où tirer et nous nous y sommes mis ensemble. Le levier a fini par venir. Les attaches se sont libérées et le hangar s’est ouvert.
Au retour, Bob a été déséquilibré par l’ouverture. Je l’ai rattrapé et tiré avec moi. Nous avons atteint le sas du Resolve tous les deux.
Quand nous sommes rentrés, il n’y avait plus les civils avec nous. Pendant que je travaillais dehors, tout avait continué dans le hangar. Nous étions quatre à repartir.
Izzy a mis le vaisseau en mouvement. Éros s’est éloignée. J’avais encore les logs récupérés au bar, ma signature sur une autorisation que je n’avais pas donnée, et aucune réponse à la question de départ : qui m’avait fait venir ici ?