Cuve pleine de gel
Je me suis réveillé sans passé, sans vêtements, sans explication, dans une cuve pleine de gel et de froid.
Trop là, même
Je vais être honnête : je n’ai pas tout compris à ce qui se passait dans ma tête. Je savais juste que mon corps était là. Très là. Trop là, même. Les autres avaient l’air aussi paumés que moi, mais moi j’avais en plus ce détail impossible à ignorer : mon sexe faisait vingt-sept centimètres. Ce n’est pas une image, pas une impression, pas une vanne que je rajoute après coup. C’était là, visible, absurde, presque agressif dans cette pièce froide où on essayait déjà de comprendre pourquoi on respirait encore.
On avait du gaz qui descendait du plafond, une alarme rouge, des portes blindées et personne pour nous dire gentiment où signer pour sortir.
La porte s’est ouverte
Alors j’ai regardé. J’ai cherché. Et quand la dernière porte nous a demandé une main vivante, ou quelque chose qui y ressemblait, j’ai remarqué le doigt dans le gel. Un doigt sectionné. Je l’ai utilisé. La porte s’est ouverte.
Je ne sais pas ce que ça dit de moi. Peut-être seulement que je m’adapte vite.
Rien de propre
Le scientifique derrière la porte a eu peur. Très peur. Il disait qu’on était des clones, des supports biologiques, des choses achetées par des riches. Moi, j’ai essayé de le faire parler autrement que sous la menace. J’ai tenté le regard doux, la persuasion, le rôle du gentil pendant qu’Epsilon tenait le scalpel. Ça n’a pas rendu la scène plus propre. Rien dans ce couloir n’était propre.
Signature malgré moi
Je suis resté longtemps presque nu. C’est un détail idiot, mais dans ce genre d’endroit, les détails idiots deviennent des boucliers. Les autres enfilaient des blouses, des combinaisons, des restes de vêtements pris au scientifique. Moi, j’ai fini par trouver un boxer beaucoup trop serré, et ce corps trop visible est devenu une sorte de signature malgré moi. Dans un laboratoire de clones, de viande et de chrome, on s’accroche à ce qu’on peut. Même au ridicule. Même à l’indécence. Même à une anatomie qui n’aurait pas dû devenir un sujet de combat.
La version “réussie”
J’ai vu des choses que j’aurais préféré ne pas voir. Les cuves dans la salle A. Les corps mal foutus. Celui qui a hurlé que ce n’était pas son visage avant de se briser. Je ne sais pas si j’étais assez près pour tout saisir clairement, mais j’en ai vu assez pour comprendre qu’on n’était peut-être que la version “réussie” d’un tas d’échecs.
Les preuves
Dans les archives, les autres ont trouvé les preuves : Chrysalides, réinitialisation, viabilité mauvaise, corps recyclés. Puis la vidéo avec Alpha, ou quelqu’un qui portait son visage en version corpo blindée de fric et d’implants. Personne ne savait quoi en faire. Moi non plus.
Ensuite, il y a eu les gardes
Ensuite, il y a eu les gardes.
On a vu la grande salle. Trop de monde. Trop d’armes. On a fermé, réfléchi, proposé des plans bancals. Le scientifique a crié. Bêta est partie dans une conduite et s’est coincée. Un garde est entré seul dans le couloir.
Epsilon a voulu le prendre par surprise et a glissé. Alpha a braqué. Moi, j’ai chargé.
La seule arme absurde
Je n’avais pas une vraie arme comme eux. J’avais mon corps, mon élan, et cette absurdité devenue presque tactique. Alors oui : je me suis servi de ma bite de vingt-sept centimètres comme d’une arme. Je l’ai frappé avec, parce que c’était là, parce que je n’avais rien de mieux, et parce que ce monde avait déjà dépassé le stade où les choses devaient avoir du sens.
Son armure a encaissé.
La douleur m’est remontée d’un coup. Je me suis blessé plus que je ne l’ai blessé. Le garde était blindé. Pas impressionné. Pas assez.
Lame dans la nuque
Gamma a fini par le tuer autrement. Une lame dans la nuque. Précis. Sale. Définitif.
Trois autres gardes
Puis la radio. Puis l’alarme. Puis les trois autres gardes qui débarquent, armes levées.
Je n’ai toujours pas de passé. Je ne sais pas si j’ai été conçu, acheté, raté, réussi ou volé.
Mais je sais que je suis sorti de cette cuve. Je sais que j’ai ouvert une porte avec un doigt mort. Je sais que j’ai chargé un garde armé en utilisant la seule arme absurde que mon propre corps m’offrait.
Et pour l’instant, ça suffit à me donner envie de continuer.