Bon. Déjà, le village, j'en peux plus.
Ça pue, c'est mouillé, les gens ont l'air de cacher des trucs ou de pourrir de l'intérieur, les gosses ont des pustules, et tout le monde parle comme s'il fallait pas trop parler. Donc forcément, on s'arrête au milieu de la place et on discute pendant trois plombes pour savoir si on va au barrage, au magasin, chez les Carmody, chez le shérif, à l'église ou sur la lune.
Au moins, on a trouvé des choses utiles dans les affaires de Rhodes. Une carte. Des notes. Des gribouillis de plus en plus mauvais signe. Et ces photos bizarres avec l'histoire de la jambe. Ça, pour le coup, ça m'a pas plu du tout. Je veux bien qu'on m'explique beaucoup de choses, mais pas ça.
On a demandé son avis à une vieille du coin. Elle savait des trucs, clairement. Son fils bosse chez les Carmody, il a changé, elle flippe, elle regarde du côté du shérif quand elle parle… bref, ambiance parfaite. Et là, évidemment, Jean décide de faire du Jean. Poudre, sel, ton mystérieux, air important. Il l'a terrifiée. Je l'ai giflé. Franchement, ça lui a fait du bien à lui aussi.
* *Moi je voulais qu'on arrête de tourner autour du pot. On a une carte ? On va voir le camp. On perd déjà assez de temps comme ça dans cette ville de tarés. Donc voiture, pont, forêt, et on finit par tomber sur le site.
Le camp, lui, il sentait vraiment mauvais. Pas juste au nez. Dans les tripes. Tranchées, vieux restes, os, eau noire, végétation trop dense. Un vieux cimetière, probablement. Le genre d'endroit où t'as pas envie de t'asseoir pour pique-niquer. Et évidemment, ça part en vrille avant qu'on puisse fouiller la tente correctement.
Robert se fait choper par un arbre.
J'écris ça et j'ai encore envie de dire que c'est débile. Mais c'est ce qui s'est passé. Un arbre. Qui attrape. Qui serre. Qui bouge. Là, t'as deux options : soit tu cries, soit tu fais quelque chose. J'ai choisi la deuxième. Enfin j'ai aussi beaucoup râlé, mais ça compte comme moteur.
Derek a essayé d'aider, Robert s'est battu comme il pouvait, Sasha était paumée, et Jean… alors lui… je sais même pas comment résumer. Il a fait son cirque avec de la poudre magique, de la torche, des grandes phrases, et le pire c'est que ça avait l'air de marcher un peu.
Puis il a fait exploser la forêt.
* *Là, plus personne ne discute stratégie. On se fait projeter, ça brûle partout, on perd les autres de vue, les arbres s'y mettent à plusieurs, et faut juste sortir. Courir. Tirer les gens. Relever ceux qui tombent. Trouver une direction. À un moment, j'étais surtout en train d'essayer de garder Sasha avec moi et de pas finir cramée ou étouffée dans les branches.
Robert, même à moitié mort, a encore ouvert le passage comme un bœuf. Derek a aidé à récupérer tout ce qu'il pouvait récupérer. Et moi j'ai fait ce que je fais de mieux : avancer et gueuler après les autres pour qu'ils avancent aussi.
On a fini par atteindre l'eau. Et là seulement, j'ai soufflé un peu.
* *Bilan ? On n'a presque rien fouillé jusqu'au bout, on est tous amochés, et Jean a disparu dans la déflagration. Honnêtement, je ne vois pas comment il aurait pu s'en sortir. Alors oui, ça me fait quelque chose de l'écrire, même si ce type me donne envie de l'étrangler une fois sur deux.
→ Jean : probablement mort. Et ça me fait chier.Mais on est vivants. Et maintenant on sait une chose :
Ici, même les arbres veulent notre peau.