Nous avons poursuivi notre approche de nuit, sous forte pluie, sur route glissante. L'environnement présentait déjà plusieurs anomalies notables : végétation excessivement développée, odeur persistante de fruits très mûrs ou pourris, impression générale d'humidité stagnante et de décomposition organique diffuse.
Premier incident : éblouissement violent de Derek par des phares venant en sens inverse, avec cécité temporaire. Béatrice a probablement été touchée aussi. J'ai procédé à une prise en charge simple avec les moyens disponibles. L'amélioration a été incomplète mais suffisante pour poursuivre.
La rencontre avec le vendeur ambulant a présenté plusieurs éléments d'intérêt. L'homme était alcoolisé, mais pas délirant au sens classique. Il paraissait traumatisé, en hypervigilance, avec une peur réelle quand il évoquait Blackwater Creek.
Surtout, son effet sur Derek a été trop rapide et trop marqué pour être anodin : regain de tonus, amélioration nette de l'état général, puis attirance évidente pour le produit.
À l'arrivée au village, j'ai immédiatement rapproché l'odeur ambiante de celle du whisky. Le lien n'est pas certain scientifiquement à ce stade, mais il me semble fort. Un habitant nous a orientés vers la ferme. Le village lui-même donnait une impression de fermeture pathologique : maisons closes, très peu d'activité, chiens errants, population retranchée.
À la ferme, j'ai pu observer le vieux Pete. Donnée clinique majeure : troubles de l'élocution liés non à une intoxication simple, mais à la présence d'excroissances intra-buccales. À la lumière, la matière qu'il recrachait était noire. Je n'ai pas vu de tabac.
Pendant la nuit dans la grange, plusieurs phénomènes ont précédé l'attaque : bruits animaux ou pseudo-humains, agitation croissante, puis expérience perceptive anormale partagée par plusieurs membres du groupe. Je n'ai pas de cadre rationnel satisfaisant pour l'expliquer. En revanche, l'attaque elle-même était bien réelle.
Le combat a été extrêmement confus. Je dois noter ici, pour être honnête, qu'en tentant d'intervenir dans l'urgence et sous l'effet d'une panique réelle, j'ai commis un geste malheureux sur Robert. J'ai aggravé son état au lieu de l'améliorer. J'ai ensuite repris le contrôle et pu stabiliser partiellement d'autres blessures.
Je n'ai aucune excuse valable, seulement ce constat.
Point tactique notable : l'embrasement initial de la créature a été provoqué par Béatrice, qui a glissé au sol, récupéré son poisson, puis planté une torche dans l'arrière-train du sanglier. L'action, aussi grotesque qu'efficace, a confirmé la nette vulnérabilité de la créature au feu.
- Phénomène pathologique transmissible, environnemental ou mixte
- Touche à la fois les humains, les animaux, et probablement l'alcool local
- Whisky Carmody : vecteur probable ou indicateur fort
- Feu : faiblesse avérée de la créature rencontrée
- L'affaire dépasse désormais le cadre d'une simple disparition
(et, pour cette nuit au moins, chirurgien de fortune dans une grange)
Non destiné à diffusion
BWC-002 / E.2