Je prends l'habitude d'écrire après les interventions difficiles. Cela m'aide à trier les faits, à calmer les impressions, et à séparer ce que j'ai observé de ce que j'ai ressenti.
Ce soir, j'ai besoin des deux.
Nous avons été convoqués à l'université d'Arkham par Mactavish, au sujet de la disparition du professeur Henry Rhodes. Le motif officiel est simple : rupture de contact prolongée lors d'une mission de fouilles du côté de Blackwater Creek.
Mais dès les premières minutes, il était clair qu'il ne s'agissait pas seulement d'un retard.
Mactavish nous a montré une lettre envoyée par Rhodes. Le contenu était cohérent en apparence (retard, isolement, tensions locales), mais quelque chose dans la formulation était préoccupant : ton tendu, refus d'assistance, repli inhabituel.
Je n'avance pas de diagnostic. Je note simplement que la lettre m'a mise mal à l'aise.
Leur témoignage présente des éléments concordants, ce qui lui donne du poids :
- hostilité des habitants de la région,
- menaces directes de fermiers armés,
- isolement croissant de Rhodes,
- modification de son comportement après certaines découvertes,
- départ final en solitaire, avec de la dynamite, vers les collines.
obsession + isolement + secret + prise de risque.
C'est le profil d'un homme qui ne raisonne plus correctement — ou qui pense avoir une raison impérieuse d'agir seul.
- Derek Pearson : observateur, lucide, tendance à verbaliser peu mais à enregistrer beaucoup. Réagit vite.
- Béatrice : sang-froid appréciable, bonne capacité de réaction dans l'urgence.
- Robert Hendrick : pragmatique, orienté résolution de problème, utile dans la logistique et le concret.
- Jean Cotentin : personnalité théâtrale, langage occultiste, comportement parfois déroutant.
Je reste prudente dans mon jugement sur Cotentin : le spectacle n'exclut pas l'efficacité, même si ses méthodes demandent… contextualisation.
Nous avons pris la route dans une voiture fournie par l'université. La suite a été plus chaotique que prévu.
Dégradation des conditions météo, visibilité réduite, difficultés d'orientation, puis panne. Nous nous sommes retrouvés immobilisés de nuit, sous la pluie, avec un niveau de tension qui a augmenté rapidement.
C'est un détail, mais important : la fatigue et l'humidité diminuent la qualité des décisions. Je l'ai senti chez tout le monde, moi comprise.
Puis nous avons entendu les animaux. Des chiens, apparemment. Agressifs, rapides, et visiblement excités par notre présence. L'attaque a été brutale, mais courte.
Je n'ai pas la prétention de faire un récit héroïque : c'était désordonné, confus, instinctif. Chacun a agi comme il a pu pour survivre.
Béatrice a été déterminante dans la défense. Derek a été touché pendant l'affrontement. Jean a utilisé sa "poudre ectoplasmique" avec incantations latines très libres — et, de façon difficilement contestable, cela a eu un effet de diversion sur au moins une bête.
Je ne sais pas ce que contenait réellement cette poudre. Je sais seulement que cela nous a donné quelques secondes, et parfois quelques secondes suffisent.
J'ai fait ce qui était possible avec les moyens du bord : examen rapide, soins immédiats, stabilisation, recommandations de surveillance (infection, aggravation, fièvre selon évolution).
Dans d'autres circonstances, j'aurais voulu un environnement propre, de la lumière correcte, du matériel complet, et du temps. Nous n'avions rien de tout ça. Seulement la pluie, la boue, et la nécessité de repartir.
La voiture a fini par redémarrer.
Un détail m'a marquée — sans que je sache encore si c'est la fatigue qui parle : une petite musique à l'autoradio, presque banale, s'est mise à jouer alors que nous reprenions la route. Après une attaque, ce type de normalité paraît parfois plus inquiétant que le danger lui-même.
Première impression clinique, si je puis dire : l'endroit semble fermé. Pas seulement géographiquement. Socialement. Humainement. Les villages hostiles ont une manière particulière de vous accueillir : silence, regards fixes, absence de questions inutiles.
Je crains que nous n'arrivions trop tard pour Rhodes. J'espère me tromper.
- Un disparu — Pr Henry Rhodes, localisation inconnue
- Des témoins concordants mais visiblement effrayés
- Une zone géographiquement et socialement hostile
- Un blessé léger dans le groupe (D. Pearson, sous surveillance)
- Sentiment persistant que l'affaire dépasse le cadre d'une mission de secours standard
Je vais dormir peu, et garder de quoi refaire un pansement à portée de main.
(et, pour cette nuit au moins, médecin de campagne improvisé)
Non destiné à diffusion
BWC-001 / E.1