■ Carnet de terrain Notes personnelles — usage interne uniquement
Terrain / Brouillon
Carnet de terrain — Derek Pearson
Blackwater Creek
Entrée 1 — Arkham, la route, et les chiens

Je note tout pendant que c'est encore frais.

Si on disparaît à notre tour, au moins il restera une trace un peu plus fiable que les grandes tirades de Cotentin.

* * *

Tout a commencé à l'université d'Arkham, où Mactavish nous a réunis pour parler de la disparition du professeur Henry Rhodes. Le ton était grave, mais pas encore alarmiste. Le genre d'entretien où un universitaire essaie de rester rationnel alors qu'il sent lui-même que quelque chose cloche.

Le point central : Rhodes a cessé de donner des nouvelles depuis un moment, alors qu'il menait des fouilles du côté de Blackwater Creek.

Mactavish nous a montré une lettre de lui.

C'est là que j'ai commencé à me dire que cette histoire n'était pas une simple affaire de retard de chantier.

La lettre était mauvaise. Pas "mal écrite" — mauvaise dans le ton. Rhodes y paraissait nerveux, fermé, presque paranoïaque. Il demandait en substance qu'on ne vienne pas, ce qui est rarement bon signe quand quelqu'un est isolé dans un trou perdu.

J'ai vu la réaction des autres :

  • Sasha a tout de suite pris les détails sérieux au bon endroit,
  • Béatrice avait déjà ce regard de quelqu'un qui se prépare à devoir agir,
  • Hendrick était concentré, pratique,
  • et Jean Cotentin… eh bien, Jean Cotentin a déclaré que "tout cela sent l'occulute".

Je ne sais toujours pas ce qu'est "l'occulute". Mais je commence à comprendre que chez lui, ça veut dire : "je veux parler avant d'avoir compris."

* * *

Ensuite, on a interrogé les étudiants revenus de l'expédition.

Là, pour le coup, on a obtenu des faits.

Ils ont confirmé plusieurs choses :

  • l'expédition était bien installée vers Blackwater Creek,
  • les habitants du coin sont hostiles,
  • certains fermiers sont venus les menacer,
  • Rhodes a changé de comportement sur place,
  • et il a fini par partir seul avec de la dynamite vers les collines.
Un professeur qui part seul avec des explosifs dans une zone où tout le monde se comporte bizarrement : ce n'est pas un détail. C'est un signal d'alarme.

Je ne sais pas encore s'il a perdu la tête, s'il a trouvé quelque chose, ou s'il essayait de détruire quelque chose.

Mais on n'allait pas régler ça depuis Arkham.

L'université nous a fourni une voiture et nous sommes partis.

* * *

Le trajet aurait dû être la partie simple. Évidemment, non.

La route s'est dégradée, la météo aussi. Pluie, mauvaise visibilité, orientation compliquée, et finalement : panne.

On s'est retrouvés immobilisés dans le noir, sous la flotte, à bricoler autour d'une voiture récalcitrante. Mauvais terrain, mauvaise humeur, mauvais timing.

J'ai connu des départs d'enquête plus prometteurs.

Puis on a entendu du bruit.

Pas le vent.

Pas un craquement de branches.

Des bêtes.

Des chiens — ou quelque chose d'assez proche pour qu'on les appelle comme ça.

Ils sont arrivés vite. Trop vite. L'un d'eux a attaqué. On a réagi comme on a pu.

Je vais être juste : tout le monde a tenu sa place.

  • Béatrice a été efficace dans la riposte.
  • Sasha est restée solide, même sous pression.
  • Hendrick a géré comme quelqu'un qui préfère les problèmes mécaniques aux morsures, mais qui fait le travail quand ça tourne mal.
  • Cotentin a lancé de la poudre dans les airs en criant du latin approximatif.

Contre toute logique, ça a semblé fonctionner suffisamment pour déstabiliser une des bêtes. Je refuse pour l'instant de tirer une conclusion sur ce point.

Dans la confusion, j'ai été blessé. Pas mort, pas estropié — blessé. Assez pour sentir la morsure et me rappeler que cette mission ne ressemble plus du tout à un simple déplacement pour récupérer un professeur entêté.

Après l'attaque, Sasha s'est occupée des soins. Sérieusement, proprement, sans théâtre. Ça fait du bien d'avoir quelqu'un de compétent quand le reste du groupe oscille entre panique, jurons et pseudo-rituels.

On a fini par remettre la voiture en état de marche.

Et là, détail que je note parce qu'il m'a déplu sans que je sache pourquoi : une petite musique s'est mise à jouer à l'autoradio.

Pas forte. Pas dramatique. Juste… déplacée. Comme si la nuit se moquait de nous.

* * *

On a repris la route et on est finalement arrivés à Blackwater Creek.

Première impression : endroit fermé, lourd, malsain. Le genre de bourg où les gens vous voient arriver avant même que vous coupiez le moteur.

Je suis fatigué, trempé, blessé, et je n'aime déjà pas cet endroit.

Mais si Rhodes est encore vivant, il est ici. Et s'il est mort, Blackwater Creek sait probablement pourquoi.

Je garderai ce carnet sur moi.

— Derek Pearson
Reporter, et visiblement désormais appât à chien dans des affaires universitaires douteuses